Journée d’étude 14 décembre 2012 : Reconnaissance & épaisseur temporelle à l’enssib

Dans le cadre actuel d’une crise des temps, entendue comme présentéisme (Laïdi[1]), immédiateté (Rosa[2]), crise de l’avenir (Zarifian[3]), sentiment généralisé de manquer de temps (Chesneaux[4]), notre approche souhaite interroger l’épaisseur temporelle comme une sphère caractéristique de la reconnaissance.

La notion d’épaisseur temporelle permet à la fois de concevoir le présent comme un dialogue permanent entre le « champ d’expériences » (passé) et « l’horizon d’attente » (avenir) définis par Koselleck[5], et de prendre en compte les identités multiples d’un individu ou d’un collectif. C’est cette épaisseur temporelle que nous nous proposons d’interroger en tant que demande de reconnaissance, voire d’une lutte pour la reconnaissance.

Cette lutte pour la reconnaissance se manifeste par une demande de posséder un futur pour soi et pour sa lignée ; par une revendication de posséder un passé constitué de son histoire personnelle, de son histoire familiale, voire de son histoire sociale (en quelque sorte posséder un droit à la mémoire tout en bénéficiant d’un droit à l’oubli) ; et enfin une exigence de pouvoir vivre pleinement son présent et de maîtriser ses représentations de soi.

Après la reconnaissance amoureuse, la reconnaissance juridique et la reconnaissance sociale distinguées par Honneth[6], l’enjeu actuel ne serait-il pas de voir pris en compte une quatrième forme de reconnaissance ?

Pour répondre à cette question, nous proposons de réfléchir aux apports propres aux sciences de l’information et de la communication. En partant des concepts d’énonciation, de médiation, de logiques de réception et d’actions, des rapports entre le langage et la communication, de la production du sens et l’interprétation des contenus, des lieux, techniques, supports et dispositifs qui organisent la reconnaissance…,  il sera ainsi possible d’aborder les thèmes des identités numériques, des traces, de l’organisation ou encore des débats publics.

Temporalités de la reconnaissance & organisation

Comment sont prises en compte les identités multiples, les réalisations passées et les potentialités professionnelles dans les octrois de reconnaissance individuels sachant que ces octrois peuvent être intra-organisationnels (postes actuels et précédents dans la même organisation, ancienneté, projets, engagement syndical…), inter-organisationnels (reconnaissance de la carrière menée dans plusieurs entreprises, degré d’assimilation des salariés en régie…) et  extra-organisationnels (vie privée, famille…) ?

Temporalités de la reconnaissance : identités numériques & traces

Quelles attentes, revendications, formes de reconnaissance se font jour au cours des usages de l’informatique connectée en général, des médias sociaux en particulier ? Quelles formes de production de l’identité et de l’affirmation de soi ? Quelle visibilité ? Quelles régulations ? Cet axe permettra de ré-interroger les notions d’épaisseur sociale, de trajectoires, de logiques d’usage en mettant l’accent sur la dimension temporelle.

 

Temporalités de la reconnaissance : nouveaux acteurs dans le débat public et la communication institutionnelle

Face à la l’injonction de la participation qui à l’heure actuelle s’institutionnalise (création d’institution notamment la commission nationale du débat public (CNDP), de nouvelles modalités de conception de projet…), quelles formes de légitimité et de mise en visibilité de nouveaux acteurs sont mises en œuvre? Quels dispositifs légitiment les nouveaux participants au débat public ? Comment les institutions, les collectivités, les réglementations transforment la parole spontanée en marque de reconnaissance ? A quel moment donne-t-on la parole aux acteurs ?

 

Le programme est disponible sur :http://www.enssib.fr/programme-reconnaissance

 

Inscription (gratuite) obligatoire avant le 6 décembre  http://www.enssib.fr/insc-reconnaissance


[1] Z. Laïdi, Le sacre du présent, Paris, Flammarion, 2000

[2] H. Rosa, Accélération. Une critique sociale du temps, Paris, La Découverte, 2010

[3] P. Zarifian,  Temps et modernité. Le temps comme enjeu du monde moderne, Paris,  L’Harmattan, 2001

[4] J. Chesneaux, Habiter le temps, Paris, Bayard, 1996

[5] R. Koselleck, Le futur passé. Contribution à la sémantique des temps historiques, Paris, Editions de l’EHESS, 1990

[6] A. Honneth, La société du mépris. Vers une nouvelle théorie critique, Paris, Gallimard, 2007

A. Honneth,  La lutte pour la reconnaissance, Paris, Cerf, 2000