3ème séance Genre et controverses en ligne – vendredi 3 juin – 10h30 – Lyon 1

Féminismes et antiféminismes en ligne
dans le cadre du cycle de séminaires « Genre et controverses en ligne »

Organisation: Isabelle Hare, Stéphanie Kunert, Aurélie Olivesi / ELICO

Projet soutenu par l’XXI et l’ISH

Vendredi 3 juin 10h30-15h00
Université Lyon I – Campus de la Doua, bâtiment Nautibus (salle C4)

Programme :
10h30 : Introduction

10h40 : Bibia Pavard (Institut Français de Presse, CARISM, Université Paris II Panthéon-Assas)

11h10 : Claire Blandin (Université Paris-Est-Créteil, CRHEC)

11h40 : Anne-Charlotte Husson (ENS Lyon, GenERE)

12h10 : Echanges avec la salle

12h30-13h30 : pause déjeuner

13h30 : Yenn Lee (University of London)

14h00 : Aurélie Fillod-Chabaud (Université de Bourgogne, IREDU)

14h30 : Echanges avec la salle

15h00 : Fin de la journée d’études

Inscription gratuite (avant le 1er juini 2016) à l’adresse url suivante :  https://docs.google.com/forms/d/1CAhPvNv_PdCqWSnROdaCFTkLPN7CItC6amzhigTj_k8/viewform

 

Thématique : « Féminismes et antiféminismes en ligne”

Si les espaces numériques fonctionnent comme des espaces polémiques, nous souhaitons dans cette séance nous attacher aux usages plus structurés, spécifiquement militants et/ou institutionnels. Les espaces numériques permettent de structurer et de concentrer les discours militants, d’élargir la visibilité des plans d’actions gouvernementaux et du féminisme d’état, comme les discours des associations de la “cause des hommes” et de groupes religieux conservateurs. Quelles sont les stratégies d’investissement des espaces numériques par les féministes et les antiféministes aujourd’hui ? En quoi les outils d’analyse du militantisme numérique permettent-ils d’observer la structuration de la controverse sur le genre ?

 

Résumé des interventions :

– Bibia Pavard, Mobilisations féministes en ligne : ruptures et continuités

Internet a-t-il changé le militantisme féministe ? : pour y répondre une approche socio-historique semble nécessaire afin d’inscrire l’époque actuelle dans le temps plus long de l’histoire des luttes des femmes. Il s’agit ici d’énoncer quelques pistes de réflexion sur les mobilisations féministes au temps du web en replaçant l’émergence d’internet dans une histoire plus longue des relations entre féminismes et médias. Il sera aussi question de la place du web dans l’émergence d’une troisième vague féministe évoquée à travers les résultats d’une étude collective sur les usages de sites et réseaux sociaux par une dizaine d’organisations féministes de différentes générations.

– Claire Blandin, Etudier le féminisme : quelles ressources en ligne ? : dans une perspective d’ouverture vers les humanités numériques, cette présentation cherchera à cartographier le paysage de la recherche sur le féminisme par les sources actuellement disponibles en ligne. Trois axes principaux seront explorés : l’accès aux textes de référence du féminisme, les biographies des militantes, et, enfin, les traces des actions féministes.

– Anne-Charlotte Husson, Un simulacre paradoxal. Le discours antigenre et son autre : cette communication se propose de mettre en évidence une particularité du discours antigenre, à savoir son fonctionnement comme simulacre paradoxal d’un adversaire imaginaire. En m’appuyant sur un corpus natif du web et portant sur la polémique autour du genre en France (2011-2014), je m’attacherai aux citations et aux définitions spontanées, envisagées comme « points d’hétérogénéité » (Authier-Revuz 1984). Cela me permettra de mettre en évidence une polyphonisation du discours pas toujours maîtrisée par ses énonciateurs. Cette polyphonisation participe d’un simulacre paradoxal, dans la mesure où le discours antigenre commente et cite (afin de le disqualifier) un discours progenre qui, en réalité, ne lui préexiste pas, et constitue donc un adversaire fantasmé.

– Yenn Lee, Online misogyny, visibility, and ‘mirroring’ as a feminist device: A case study of kimchi bitches in South Korea : South Korea has long been marked by gender inequality, as per the relevant indices issued by various international bodies including the Organisation for Economic Co-operation and Development (OECD). Gender-based discrimination and violence facing South Korean women have been attributed to many different factors. These include social norms inherited from the Confucian monarchical past and the processes of ‘militarised modernisation’ that the country went through after independence in 1945 from Japanese colonial rule. The latter alienated women as less useful members of the state still technically at war against North Korea.

Despite its deep roots in history, however, misogyny in this context has been brought to the fore by online technology. Recent years have seen the mushrooming of hate groups in Korean cyberspace particularly targeting women. Members of those hate groups justify their action by stating that they only target ‘kimchi bitches’. According to their definition, kimchi bitches are a subset of women who ‘exploit men financially and emotionally’ and therefore deserve to be attacked. Any woman could fall into this constructed category for reasons ranging from not splitting a bill on a date to deciding not to have a child.

In June 2015, on a Reddit-like website called DC Inside, a small number of female users appropriated a sub-forum dedicated to the topic of the outbreak of MERS (Middle East Respiratory Syndrome) and filled the forum with gender-swapped satires. There have been many precedents of the use of ‘mirroring in feminist literature and popular cultural products. However, as posts in the MERS Gallery employed exactly the same vulgar language usually used against kimchi bitches, participants (calling themselves Megallians) immediately earned an unprecedented level of visibility.

Based on the author’s ethnographic work, this paper provides an in-depth and nuanced account of the Megallians. It explores how they have been reflecting on their trajectory and sophisticating their repertoires while responding to a series of criticisms, counterattacks and interventions from the mass media, platform operators, and some male users.

Aurélie Fillod-Chabaud, Quelles précautions prendre lorsqu’on enquête sur les groupes de pères? Contraintes et ressources d’Internet et des réseaux en ligne : les terrains d’enquête sujets à controverse et dont le ou la sociologue ne se sent pas proche idéologiquement sont particulièrement difficiles à « tenir » sur plusieurs années, a fortiori depuis l’émergence de l’ère numérique. Si les chercheur-e-s sont amené-e-s – afin de légitimer leur objet de recherche, mais aussi tout simplement dans une perspective de carrière – à publier sur leur enquête alors qu’elle est en train de se faire, la porosité des frontières entre la sphère médiatique et la sphère académique, rendue possible par Internet et les moteurs de recherche, rend de plus en plus difficile la non diffusion de ses résultats de recherche auprès de ses enquêté-e-s. Cette communication fait ainsi état d’un enjeu méthodologique de taille auquel j’ai été confronté dans le cadre de la réalisation de la ma thèse sur les groupes de pères séparés : celui de ne pas diffuser les résultats académiques de ma recherche auprès de mes enquêtes et au sein de mes deux pays d’enquête : la France et le Québec. Je présenterai ainsi les diverses stratégies que j’ai utilisées pour tracer une frontière nette entre mon enquête et la sphère académique, puis je montrerai en quoi les listes de diffusion des associations m’ont à la fois servie et desservie dans la conduite et la renégociation de mon terrain.